ROSSINI Otello / John Osborn, Cecilia Bartoli 0743863

Sophisticated and expressive performance . . . an intelligent, modern-dress staging . . .

. . . it¿s always a treat to watch (and listen to) Italian opera superstar Cecilia Bartoli in action: she's still at the top of her game in these relative rarities by Giacomo Rossini, a comic romp and dark tragedy . . . the soprano is heartbreaking as the innocent Desdemona. On Blu-ray, the hi-def transfers and sound are peerless.

. . . the stagecraft and sheer intelligence of the Leiser/Caurier production, set in modern times and acted with skill and imagination by the entire cast, make an extremely good case for [Otello] . . . Osborne sings with appreciable technical command and dramatic insight. So does Cecilia Bartoli, once again in shining form as Desdemona, while Javier Camarena returns in the beefed-up part of Rodrigo, seizing his every opportunity; the same can be said of Edgardo Rocha as the sinister Iago and Peter Kálmán as Elmiro . . . That the piece stands up so well is due not only to the cast and production; credit is also due to Muhai Tang, who certainly knows how to make Rossini's score sound vital and dramatically engaged.

L'événement méritait d'être gravé dans le marbre . . . le Rodrigo torturé de Javier Camarena nous hante, et on reste stupéfait par son "Che ascolto" . . . Rarement, en effet, un air de bravoure n'a paru aussi éloquent, Rodrigo passant de la colère désespérée à l'incompréhension douloureuse, face à une Desdemona glacée . . . Le Iago de Edgardo Rocha, véritable machine à tuer inhumaine semble se repaître de la souffrance de chacun. Dans un premier duo ténébreux avec Rodrigo, il noue le drame. Victime, mais victime de lui-même en premier lieu, John Osborn, en Otello, révèle une magnifique maturation vocale depuis son Otello lausannois de 2010. Les couleurs sont plus belles, les vocalises plus nettes, . . . [il est] la voix la plus racée des ténors de cet enregistrement: le trio est donc opportunément composé. Enfin, Cecilia Bartoli (Desdemona) dont on ne présente plus ni les qualités pyrotechniques, ni l'intelligence musicale, se surpasse dans un air du saule d'une beauté rien moins que céleste . . . De cette remarquable production, le DVD se révèle ainsi le meilleur allié: il offre au spectateur un accès privilégié au drame, et met en valeur chacun des protagonistes. D'où cet enthousiasme qui nous prend en l'écoutant autant que le regardant: il y a là de quoi fixer définitivement, si besoin est, qu'Otello de Rossini n'est pas un curieux et anecdotique précurseur de l'opéra homonyme de Verdi, mais au contraire, une oeuvre magistrale, d'une stupéfiante richesse dramaturgique et musicale.

Decca a en effet eu la bonne idée de graver cette production avec la superlative Cecilia Bartoli comme point d'ancrage . . . John Osborne nous ravit d'aigus sublimes et virtuoses, Javier Camarena apporte une élégance aristocratique et glaciale à la fois tandis qu'Edgardo Rocha offre quant à lui un naturel et une évidence qui ancrent cette distribution dans le réel. Saluons également en cette réussite le travail réalisé avec le chef chez qui on sent une belle attention aux détails et à l'expressivité . . . Un comble quand on a pour soi Cecilia Bartoli. En tout point au-dessus de tout qualificatif, elle justifie à elle seule, s'il était besoin, l'acquisition de ce programme. Tant de musicalité (désarmant "Air du Saule"), tant de virtuosité et de présence vocale sur toute la tessiture . . . La mezzo-soprano fait montre d'un évident esprit d'équipe, tant dans les ensembles vocaux que dans son rapport à l'orchestre, notamment lors des récitatifs orchestrés, parfaitement millimétrés quant aux notes et au texte . . . Images: [Les couleurs sont] très naturelles et les contrastes se montrent satisfaisants . . . Son: La piste stéréo diffuse un bon équilibre entre la scène et l'orchestre. La diffusion est claire et assez bien timbrée et profite de bons contrastes de dynamique . . . Le mixage multicanal respecte bien mieux les timbres tant vocaux qu'instrumentaux et s'accorde davantage à la dynamique de l'ensemble et à la précision des attaques. La scène avant prend un relief étonnant en même temps qu'elle gagne en largeur . . . cette version sonore 5.1 propose un meilleur équilibre entre fosse, chanteurs solistes et choeurs.

John Osborn possède tous les atouts indispensables au rôle-titre: graves nourris, médium puissant et un aigu facile et arrogant. Doté d'un timbre plus clair et légèrement métallique, Edgardo Rocha est un Iago méchant à souhait. Javier Camarena enfin -- voix veloutée, vocalises déliées, suraigu décoiffant -- fait de Rodrigo un héros romantique. S'il participe à l'intrigue de Iago, s'il attaque Otello, c'est par amour pour Desdémone. Celle-ci trouve en Cecilia Bartoli une interprète de premier rang. Parfaitement à l'aise dans cette tessiture ambigue, mi-mezzo, mi-soprano, elle triomphe des vocalises périlleuses du finale II avant de nous toucher dans une romance du saule profondément habitée. Parmi les rôles secondaires, soulignons la belle voix chaude de Liliana Nikiteanu en Emilia et l'Elmiro puissant de Peter Kálmán. Muhai Tang, au pupitre d'un orchestre La Scintilla brillant de tous feux, s'avère un excellent chef rossinien, tour à tour énergique ou élégiaque, détaillant avec finesse les richesses instrumentales de l'orchestration . . . [la caractérisation des personnages et la direction d'acteur] forcent le respect. Points de gestes vides, de bras ouverts sans raison, de mains portées pathétiquement sur la poitrine. Au contraire: même dans les airs les plus longs où rien ne s'y passe et le texte est répété pour la dixième fois, le jeu des chanteurs reste crédible. C'est déjà beaucoup . . .