VERDI Requiem / Garanca, Kaufmann, Barenboim 0743807

. . . l'actuel Directeur musical de la Scala a su surmonter son amour du théâtre pour imposer un style certainement très proche de l'esprit qu'a insufflé Verdi dans son oeuvre. L'ambiguité personnelle du compositeur vis-à-vis de la religion a donc été exploitée par le chef d'orchestre de manière à ne jamais affirmer une profession de foi musicale sans toutefois la nier explicitement. Le tour de force est en tout cas évident et le souffle nécessaire à cette très longue partition réussit à homogénéiser le discours de manière tout à fait convaincante tout au long des deux parties qui la constituent, et entre lesquelles aucune pause n'est faite. La soprano Anja Harteros possède une voix claire très sonore qui arrive aisément à dominer la masse chorale imposante alignée derrière elle sur cinq rangées. Le son est très ouvert, les aigus sortent sans difficulté, qu'ils soient émis avec puissance ou avec retenue . . . [Elina Garanca] développe un chant très homogène et une tenue de notes parfaite, tout en nuances introspectives . . . La basse René Pape confère beaucoup d'humanité dans le rendu de certaines parties. On citera en exemple son "Mors stupebit", dont les syllabes émises répandent un effroi qui conviendrait parfaitement à une situation théâtrale. Daniel Barenboim, sans partition, insuffle par des mimiques très expressives une vie et un ressenti très probants à l'imposante masse chorale parfaitement préparée par le maître de choeur Bruno Casoni. Le rendu de la masse chorale est à ce titre un véritable exploit. Quant à l'orchestre de la Scala, il trouve dans le Requiem de Verdi une belle occasion de mettre en avant ses capacités solistiques au sein, là aussi, d'un fort bel équilibre sonore. Le magnifique cadre théâtral de la Scala de Milan n'a pas influencé du mauvais côté les artistes interprètes de cette oeuvre unique. La mystique céleste fait place au dramatique terrestre, bien plus proche de l'humain que du divin. Une vision qui nous convient parfaitement. Ajoutons que la réalisation de Andy Sommer fait de nous un spectateur parmi les mieux placés pour assister à ce somptueux concert . . . Images: Les couleurs sont bien équilibrées, les noirs très profonds et un bon contraste enrichissent la plupart des plans . . . Son: Le mixage stéréo propose une scène bien équilibrée. La séparation est correcte et le dosage entre orchestre, choeur et chanteurs solistes se montre convaincant . . . [la piste 5.1] apporte l'indispensable aération qui fait défaut à la stéréo. Non seulement la scène avant se creuse pour révéler les différentes strates de ce message sonore souvent très complexe, mais l'ouverture diffusée est bien supérieure. Le caisson de graves, parfaitement intégré, apporte son inégalable soutien à l'ensemble, tandis que les haut-parleurs surround installent une acoustique réaliste, accentuent l'immersion du spectateur et aident au positionnement des trompettes du "Tuba mirum" dans l'espace. Les nuances sont ici parfaitement rendues sans l'ombre d'une saturation, et la dynamique sert au mieux tant les nuances que la puissance de l'oeuvre.

L'Orchestre et le Choeur de la Scala ont le Requiem de Verdi dans le sang, à leur tête : le charismatique et infatigable Daniel Barenboim qui, entouré des plus grands solistes d'aujourd'hui, livre comme à son habitude une interpretation brute, parfois râpeuse mais sans compromis.