The best of JONAS KAUFMANN 4786029

. . . the full range of his characterisation is well represented: in "Vesti la giubba", he's a distraught Pagliacci staring into the mirror of his soul; in "Che gelida manina", the tenderest of spirited seducers. But perhaps the most impressive example of his ability to inhabit a role is in "Io l'ho perduta!", where his beautiful fading "Ahime!" in the closing line conveys all the wretched despair of Don Carlo's betrayal.

. . . ["Cäcilie" de Richard Strauss]: une interprétation irrésistible . . .[Kaufmann] est devenu le chanteur lyrique par excellence, un port d'attache salutaire . . . On se réjouit de retrouver à hautes doses ce sex appeal vocal indéniable . . . et on avouera rendre une fois de plus les armes devant cette voix si particulière, au timbre sombre et ambré, à la puissance peu commune, depuis un grave toujours plus ténébreux jusque dans un aigu glorieux. Plus d'une fois, on pense à Jon Vickers . . . Cette comparaison vaut, sous cette plume, tous les compliments . . . Les deux ont sur le timbre ce voile indéfinissable qui irradie d'une irrésistible nostalgie. On ira chercher ailleurs la lumière, la souplesse, la ductilité dans la conduite de la ligne de chant. Mais chez qui retrouver cet investissement dramatique qui emporte tout, cette impression qu'à chaque air, le chanteur affronte le destin les yeux dans les yeux, et porte sur ses épaules le poids des souffrances de l'humanité entière ? C'est un chant cosmique que propose Kaufmann . . . [fort heureusement] il a les moyens de ce chant, ce qui lui évite de sombrer dans l'outrance et dans l'emphase . . . [et il arrive] à mêler de manière unique la puissance et la fragilité, celle-ci n'en magnifiant que plus celle-là. Celui qui est capable d'assumer crânement les emportements de Don Carlo . . . et de délivrer les plus ineffables pianissimi dans "l'air de la Fleur", celui-là assurément est un Grand: cette compilation vient, si besoin était, nous le rappeler.

Quelle ivresse vocale et quelle splendeur dramatique . . . [Kaufmann est bien le ténor] d'une totale conviction à ce jour . . . [le récital laisse] émerveillé par tant d'intelligence stylistique. Son Don Carlo de Verdi exprime le désarroi d'un prince défait et détruit ; comme son Werther est d'une étoffe noire, tragique et tout autant digne, blessée mais intense. Son italien comme son français (Faust de Gounod, immédiat, saisissant) sont plus qu'acceptables : racés, mordants, incarnés. Irrésistible Kaufmann. L'équilibre régnant sur ce récital étonnant, on y retrouve autant de germanisme que de vérisme. Ses Puccini (Cavaradossi excellent), dans le sillon des Verdi (stylés), font aussi place aux non moins très bien défendus : Giodano (Fedora), surtout Cilea (L'Arlesiana : superbe lamento de Federico : lyrique et épique, tendre et habité, éperdu et amer) tant de versatilité assumée et crânement caractérisée (psychologiquement et dramatiquement) laisse sans voix . . . Le ténébreux sait aussi séduire d'une voix languissante, d'une nostalgie suspendue murmurée : . . . Jonas Kaufmann choisit "Ombra di Nube" de Licinio Refice, une mélodie qui convient idéalement à son timbre passionné de jeune héros sacrifié. Son Tamino mozartien puis Huon wébérien ont une grâce et une légèreté irrésistibles. Mais le ténor sait autant mordre et accrocher excellemment chaque mot du texte . . . [son Siegmund ("Walkyrie" de Wagner)] nous connaissions déjà sous la direction (si limpide et liquide) de Claudio Abbado . . . : sens du verbe, éloquence lyrique, ivresse sentimentale, palpitation de chaque instant, voici un Wagner idéal servi par un interprète en état de grâce : il est vrai en fusion totale avec la baguette envoûtante d'Abbado. Dans la diversité réussie de chaque rôle, Jonas Kaufmann est bien le plus grand ténor actuel. Récital événement.